The Techno Sound Of Detroit

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The Techno Sound Of Detroit

Message  Steph303 le Lun 13 Avr - 14:17

Un petit article de Maxime Gouache trouvé sur "Lemon Sound" que j'aimerais faire partager...

""" J'ai parlé à Derrick May l'autre jour, il m'a dit qu'aujourd'hui il était essentiel de connaitre l'origine de la musique que l'on écoutait.

Alors j'ai décidé de vous parler de techno.

De nos jours, on appelle « techno » ou « dance music » tout et n’importe quoi, parce qu’il n’est plus question que de musique électronique créée à l’aide de la technologie. Peut-être qu’on ne devrait garder que le terme « dance music », puisque chacun a une vision différente de ce qu’est la techno aujourd’hui.

Kevin Saunderson.
Detroit est une ville industrielle. Une friche industrielle d’idées. Un de ces endroits où tout ce que vous pouvez faire, c’est rêver de ce à quoi peut bien ressembler le reste du monde.

Derrick May.
La techno est entièrement tournée vers le futur (…) et c’est génial pour les gosses - quand tu ne penses qu’à la science fiction, à l’espace au futur, et que tu tombes là-dessus : c’est excellent ça, c’est des ordinateurs, de la musique faite par tout un attirail de machines électroniques, moi aussi je peux le faire !

Sean Booth (Autechre)

La techno music apparaît au milieu des années 80, dans la ville de Detroit, aux Etats-Unis. Sa création reste liée à trois noms : Juan Atkins, Derrick May, Kevin Saunderson.

Le 23juillet 67, un raid de police dans un débit de boisson fréquenté par des Noirs entraîne une émeute sans précédent, 6 jours de violence qui ne firent qu’aggraver l’ « exode blanc » vers les banlieues.

Qu’est ce que l’exode blanc ?
Une politique du gouvernement américain selon laquelle, si vous vouliez une nouvelle maison, il fallait déménager en banlieue.

Les conséquences sont désastreuses, Detroit perd en 20 ans un tiers de sa population, celle qui était prévue pour quatre millions d’habitants en compte aujourd’hui à peine le quart.

Detroit acquiert le statut de « ville la plus racialement polarisée de la nation ». Elle passe d’une population à 70% blanche à une population à 80% Noire. Malgré cet inversement de tendance, le racisme et la ségrégation ont fait place à la violence.

L’exode blanc laisse derrière lui une ville fantôme, qui survit avec les ressources qui lui restent. L’exode a aussi emmené commerces et usines, et l’industrie automobile qui vaut à Detroit le pseudonyme de « Motor City » n’a pas échappé aux avancées technologiques ; automatisation, informatisation et robotisation ne firent qu’alimenter un exode de la population ouvrière qui ne voyait plus aucun avenir en Detroit.

L’espace presque chaotique laissé par ces évènements fut un décor à forte charge créative où se joua la naissance de la techno.

La ville vidée de ses habitants, les rues désertées de toute activité, la jeunesse de Detroit eut à user de créativité pour trouver de quoi occuper son temps libre. Ce fut ainsi les habitants plus que la ville qui furent l’objet du changement.

Qui aurait pu penser faire de la musique dans un hangar avec une vieille platine, des disques abîmés et quelques machines ?

Les habitants de Detroit:
Charles Johnson, plus connu sous le pseudonyme d’Electrifying Mojo, propulse sur les ondes radio de WGPR puis WJLB une musique qui tranche avec les radios voisines, formatées de base. Il nomme son action « counterclockwiseology » (aller à contretemps), et son émission « Midnight Funk Association » scotchera les oreilles et forgera les esprits créatifs des pionniers de la techno, agissant ainsi à la manière d’un professeur enseignant à qui voulait bien l’écouter. Mojo ne passait pas ce qui marchait, il passait ce qui lui plaisait, il parlait à ses auditeurs par la musique. Ceux-ci se voient exposés à Parliament, The B-52’s, Visage, Giorgio Moroder, Tangerine Dream, Prince, George Clinton etc.

Il y a aussi cet ovni, Kraftwerk, qui voient leur deuxième album diffusé dans son intégralité chaque soir par Electrifying Mojo.

Formé en 1970, le groupe allemand Kraftwerk est souvent cité comme l'influence déterminante des artistes ayant donné naissance à la Techno en tant que telle. Si l'ensemble de la discographie de Kraftwerk a connu un succès mondial, deux disques symbolisent plus particulièrement toute l'importance du groupe dans la genèse de la Techno. Tout d'abord Autobahn, issu de l'album éponyme paru en novembre 1974, qui tout au long de ses 22 minutes expose déjà la plupart des éléments musicaux présents dans la future Techno. Ensuite, c'est l'album Trans Europe Express paru en 1977, avec lequel entrent en contact Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson par l’émission de Mojo.

Évidemment, résumer la techno à Kraftwerk serait très réducteur, les influences sont aussi dans le funk, la soul, qui animèrent les légendes de Motown, mais aussi dans les conditions sociales du moment de sa création, la violence, le chaos, les machines, et une volonté pour les habitants de Detroit de s’en sortir, faire renaître la ville de ses cendres.

Michael Anthony Banks, aussi connu sous le pseudonyme de Mad Mike, patron du label le plus cité par les amateurs de techno sous sa forme la plus « underground/activiste » , symbolise par sa personnalité la sociologie de Detroit et, ne manque jamais de rappeler par sa musique et ses rares textes ou interviews, combien la techno est à comprendre dans le prolongement de la musique noire américaine.

D’où vient le qualificatif « Techno » ?

C’est Juan Atkins qui serait le premier à avoir utilisé clairement le terme, pour son morceau « Techno City » sous le pseudonyme Cybotron (son duo avec Rick Davis).

Juan a emprunté ce terme au chapitre « Techno Rebels » du livre « Future Shock » d’Alvin Toffler, sociologue mais surtout futurologue, parmis l’un des plus célèbres et influents. « Techno Rebels » car les musiciens de Detroit se sont emparés de la technologie pour en faire un « secret Noir », délivrant une âme unique à la musique des machines, ce qui lui vaut également aujourd’hui le qualificatif de « High Tech Soul ».

Le terme « techno » ne fut popularisé qu'avec la sortie de la compilation « Techno! The New Dance Sound Of Detroit » sur le label Virgin en 1988.

Auparavant la Techno n ‘était pas clairement distinguée de la House, courant voisin de Chicago qui tenait plus ses racines de la Disco.

La compilation manqua même de s’appeler « House ! The new Dance Sound Of Detroit », mais ce funk synthétique qui tournait à quelques 130 battements par minutes méritait du fait de sa spécificité une appellation plus singulière.

What is techno ?


Basiquement, un morceau de Techno se construit sur une rythmique régulière (4/4) variant sur un nombre de battements par minute relativement élevé ( entre 120 et 140). La construction du morceau se fait principalement par l'ajout ou le retrait de pistes sonores, suivant un cycle de quatre, ou multiple de, mesures. On verra ainsi se fréquenter, s’entrechoquer, fusionner et se dire au revoir, lignes de basses, percussions et mélodies synthétiques.

Aujourd’hui, la machine de composition la plus évidente et la moins onéreuse ou presque reste l’ordinateur et son panel de logiciels de bidouillage programmable.
La solution la plus instructive, ludique (selon moi), et interactive consiste en l’utilisation de plusieurs claviers, synthétiseurs, échantillonneurs, processeurs d'effets et console de mixage, inter-reliés par une horde de câbles.

En lieu et place des techniques de composition traditionnelles, le musicien Technoïde utilise le studio électronique comme un seul et très complexe instrument de musique, un orchestre de machines, d’ailleurs le musicien électronique est une espèce également nommée « producteur » .

Les instruments électroniques permettent une approche différente de la composition qui ne repose plus uniquement sur une expression "simple" de l'harmonie mais une progression dans le grain, la résonance, le filtrage des sons qui évolueront tout au long des morceaux.

Originator, Innovator, Elevator

Ces trois qualificatifs représentent la triade créative qui a su faire émerger la techno à Detroit dans un premier temps, puis en Europe et enfin dans le monde.

Juan Atkins comme « Originator », créateur, a commencé à composer de la techno alors que personne n’en avait jamais entendu parler. Il a passé les meilleures années de sa vie à s’investir pour mettre la techno à un niveau où cette musique existait. Il a fait découvrir ce nouveau son à Detroit, donnant l’envie et la confiance nécessaire à des gens comme Derrick May pour le suivre.

En 1981 le duo Cybotron formé par Juan Atkins et Rick Davis sort le 45 tours « Alleys of your Mind ». Le morceau fait partie des premières productions électroniques à Detroit et se vend à 15 000 exemplaires dans le Detroit intra muros. Ce petit succès permet à la formation Cybotron de signer pour un album chez un label Californien, Fantasy, qui lui offrit une première expérience peu concluante sur le plan personnel dans le business de la musique.

Le duo casse et Juan prend les choses en main en fondant son label, Metroplex, et sort « No UFO’s », non dénué d’un message qui authentifie immédiatement le contexte sociologique de Detroit : « They say « There is no hope » / They say « no UFO’s » / Why is no head held high ? / Maybe you’ll see them fly »
En français : « Ils disent qu’il n’y a aucun espoir / Que les ovnis n’existent pas / Pourquoi personne ne relève-t-il la tête ? / Peut-être que tu les verras voler »

Juan Atkins commente « Le gouvernement tente de dissimuler le fait qu’il puisse y avoir une autre forme de vie dans la galaxie. D’après moi, le système a pour objectif principal d’abandonner les gens à leur désespoir, de leur enlever toute espérance et de les empêcher de réussir quoi que ce soit. Donc, si vous gardez la tête haute, peut-être allez-vous commencer à réaliser qu’il existe des choses que vous n’auriez jamais crues possibles, et voir des ovnis est sans doute l’impossibilité ultime. »

On peut évidemment voire là une métaphore de son parcours personnel, lever la tête et prendre les choses en main à Detroit est le seul moyen de s’en sortir.

Derrick May, « The Innovator », a toujours été passionné et complètement dévoué à la cause Techno. Connu internationalement, beaucoup moins à Detroit, sa personnalité originale qui a quelque chose que tout le monde envie et quelque chose dont personne ne veut, lui permet de devenir le premier à exporter la techno en Europe, aussi par la facilité qu’il a à communiquer, notamment avec les médias.

Son apport d’innovator à la techno de Detroit est basé sur ses prouesses en matière de composition, amenant la techno de Detroit vers des choses très mélodieuses, des sommets d’élégance et de majesté. Il produira de 1986 à 1992 pour se concentrer ensuite sur son label et sa carrière de DJ. Aujourd’hui il sillonne le monde en organisant entre autres les High Tech Soul parties, genre de super-soirées où se retrouve l’élite spirituelle de la techno, dans un but essentiellement éducatif. En effet, Derrick s’est fixé la mission très ambitieuse de « sauver le monde de la mauvaise musique ».

Kevin Saunderson, « Elevator », est la partie du trio qui a eu le plus de succès en vendant plus de 8 millions de disques all over the world. Cet homme a su faire en sorte que la techno, sans perdre en qualité, arrive à toucher un public très large. Sa contribution d’Elevator en devient évidente, en s’ouvrant à d’autres genres musicaux comme à la house, en insufflant dans sa musique une générosité qui est sienne, il a su à grand renfort de créativité, notamment par la formation Inner City (avec la chanteuse Paris Grey), imposer ses productions à l’international faisant sa renommée et celle de la techno.

Voilà ce que l’on pourrait dire aujourd’hui sur la création de la techno. Après oui, évidemment il y a eu Underground Resistance avec Jeff Mills (d’ailleurs sorti de l’ombre par Mojo) et Mike Banks, et puis il y aura Carl Craig avec Planet E, et Stacey Pullen, Kenny Larkin, Blake Baxter, Richie Hawtin, mais ce serait plus une continuité de la naissance, une suite que vous retrouverez probablement bientôt...""

Steph303
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Re: The Techno Sound Of Detroit

Message  KinderHeim le Lun 13 Avr - 14:51

Steph303 a écrit: et puis il y aura Carl Craig avec Planet E, et Stacey Pullen, Kenny Larkin, Blake Baxter, Richie Hawtin, mais ce serait plus une continuité de la naissance, une suite que vous retrouverez probablement bientôt...""

affraid Ou tu veux quand tu veux..
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